Affichage des articles dont le libellé est Humour. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Humour. Afficher tous les articles

mardi 10 janvier 2017

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

Note : *****

Récompenses:

Prix France Télévision - 2016
Grand Prix RTL-Lire - 2016
Prix du roman des étudiants France Culture - 2016

Présentation de l'éditeur, Finitude:

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.



Lire le début



L'auteur :

Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. L’Education Nationale, refusant de comprendre ce qu’il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l’absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément.

Durant dix ans il  travailla dans l’immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant.  Puis, pendant deux ans, il devint responsable d’une agence d’experts en plomb, responsable d’une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d’édition de livres scolaires – un comble – et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres.

 Il travaille durant deux ans à l'écriture d'un premier roman, sombre, qui ne trouvera cependant aucun éditeur. Alors qu'il réside chez ses parents en Espagne il se consacre à l'écriture, rapide en sept semaines, d'un autre roman léger et loufoque qui deviendra En attendant Bojangles. Paru en janvier 2016 chez Finitude, il est récompensé du prix France Culture-Télérama 2016, du grand prix RTL-Lire 2016, du prix Emmanuel Roblès 2016 et du prix Roman France Télévisions 2016.


Ma critique :

Que ferait-on par amour ? cette sempiternelle question ... tout quitter sur un coup de tête? banal ! Cacher un corps ? surfait !
Mais vivre dans un monde fantasque où l'on change de prénom chaque jour, où on adopte une grue, où on laisse s'amonceler les factures et jeter au bas de l'escalier l'huissier, où on abandonne son travail pour mener pleinement cette vie sans contrainte, sans conformisme, alors, là, oui, on est au centre de l'amour où tout ce qui compte c'est vivre avec l'autre sa vie.
C'est ainsi que cette famille va vivre, au gré des lubies de Louise surement bi-polaire et plutôt que de la ramener dans la réalité, c'est toute la famille qui va vire dans sa folie : faire des soirées toutes les nuits, acheter un château en Espagne par provocation, organiser un kidnapping, ... jusqu'au point de non retour.

"Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de vous en priver"dit-elle à son fils.
Comment notre narrateur se construit en vivant dans le mensonge, le fantasque ? Eh bien il a l'air de bien s'en sortir puisqu'il est d'un optimisme à tout épreuve et même dans les moments difficiles, la vie devient un jeu, un film, une danse.

J'ai beaucoup aimé ce livre où l'on retrouve une touche de Vian, de Forrest Gump et le tout dans un univers de douce mélancolie où l'on sourit avec eux tout en sentant le drame caché au fond de cette vie trépidante.

On ne sait pas s'il faut rire ou pleurer, du grand n'importe quoi !
"C'était vraiment n'importe quoi, parce que la vie c'est souvent comme ça, et c'est très bien ainsi"

Quelques citations relevées :

*******************************************************************************
D'elle, mon père disait qu'elle tutoyait les étoiles, ce qui me semblait étrange car elle vouvoyait tout le monde, y compris moi

*******************************************************************************
Pour que mon écriture aille dans le bon sens, la maîtresse m'a fait envoyé chez une dame qui redressait les lettres sans jamais les toucher et qui, sans outil, savait les bricoler pour les remettre à l'endroit.

*********************************************************************************   Et moi, j'allais devoir apprendre à vivre sans eux. J'allais pouvoir répondre à une question que je me posais tout le temps. Comment font les autres enfants pour vivre sans mes parents ?                        
   
         
Fiche technique :

Editeur: Finitude     Date d'édition : Janvier 2016    160 pages


Pour aller plus loin :


Olivier Bourdeaut parle son livre

1er Roman et déjà invité à La Grande Librairie + petit bonus de Lucchini


Et enfin pour le plaisir des oreilles et se mettre dans l'ambiance du livre, le titre de Nina Simone au coeur du livre : Mr Bojangles

lundi 25 juillet 2016

Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger

Note : *****


Présentation de l'éditeur, Babel:

"Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con!" "Veuf, sans enfants ni chien", Jean-Pierre est un vieil ours bourru et solitaire, à la retraite depuis sept ans. Suite à un accident bien étrange, le voilà immobilisé pendant des semaines à l'hôpital. Il ne pouvait pas imaginer pire. Et pourtant, depuis son lit, il va faire des rencontres inattendues qui bousculeront son égoïsme...

Avec sa verve habituelle et son humanisme, Marie-Sabine Roger nous offre une nouvelle fois une galerie de portraits hauts en couleur. C'est un tableau doux-amer qu'elle peint de l'hôpital, avec l'humour et le sens de la formule qui la caractérisent, et qui ont fait le succès de ses deux précédents romans, La tête en friche et Vivement l'avenir.



Lire un extrait



L'auteur :

Née à Bordeaux en 1957, elle commença à écrire à partir de sa 4ème.
Marie-Sabine Roger a été institutrice en maternelle pendant dix ans, avant de se consacrer entièrement à l’écriture.

Son talent est aussi appréciable dans la littérature jeunesse (albums, romans) où elle a publié une centaine de livres, souvent primés que dans la littérature adulte. Elle rencontre régulièrement enfants, adolescents et adultes dans les primaires, collèges, bibliothèques et IUFM.

Elle maîtrise aussi bien l’humour que la gravité et aime confronter les genres et les registres.

Elle obtient le Prix Inter-CE 2009 et le Prix CEZAM 2009 pour "La tête en friche" (éditions du Rouergue).
Son roman "Bon rétablissement", prix des lecteurs de l'Express 2012, a été adapté au cinéma en 2013 par Jean Becker.
Dans les prairies étoilées, son dernier roman, est paru en mai 2016 aux éditions du Rouergue. 

Ma critique :

Un homme d'une soixantaine d'année se retrouve coincé sur son lit d'hôpital après avoir été repêché dans la Seine.
Si c'était un roman policier, on se demanderait qui lui en voudrait autant pour le renverser et le laisser pour mort, mais c'est un roman plutôt humaniste.
On va alors se demander pourquoi ce monsieur est si seul dans sa vie , à part son frère qui vient le visiter, et un ami de longue date ? Pourquoi cette jeune fille erre dans les couloirs et s'attache à lui ? Pourquoi le jeune Camille est obligé de tapiner pour payer ses études ?

Voila, ce roman court pose des questions de fraternité, d'intérêt pour l'autre, l'écoute sans jugement, ...

Même si je n'ai pas trouvé les personnages si passionnants que ça, ni les sentiments qui voulaient en ressortir, j'ai tout de même apprécié cette lecture car cette auteure a une plume simple, et très drôle surtout.

Un petit mot sur l'adaptation cinématographique : il est rare que celle-ci équivaut au roman, eh bien, dans ce cas-ci c'est le cas. Peut-être justement parce que le roman se base plus sur des dialogues ou des échanges mail et moins sur de la psychologie et du questionnement interne.
Un bravo à l'acteur jouant Camille, il fait preuve une ampleur que celui-ci n'a pas dans le roman.

Quelques citations relevées :

Hier soir, elle m'a dit :
- Elle est marrante, cette gamine, à venir vous tenir compagnie, comme ça. On dirait qu'elle s'est attachée, non ?
"Attachée", ça me fait penser à une platée de riz dans le fond d'une poêle.
Compact, collant, collé, difficile à enlever.
Oui, pas de doute : elle est très attachée.

*******************************************************************************
Une maladresse qui vient du cœur se pardonne plus volontiers qu'un silence confortable. Elle s'oublie plus vite également.
                                           
                         
Fiche technique :

Editeur: Actes Sud, Babel           Date d'édition : Avril 2015     224 pages

Pour aller plus loin :

Découvrez la chronique de Gérard Collard


et la bande annonce du film


lundi 13 juin 2016

L'homme qui ment, Marc Lavoine

Note : *****

Présentation de l'éditeur, Fayard:

Communiste et charmeur, cégétiste et volage : tel était Lulu, mon père. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionnément, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue.
Lulu avait toujours une grève à organiser ou des affiches à placarder. La nuit venue, il nous embrigadait, ma mère, mon frère et moi, et nous l’aurions suivi au bout du monde en trimbalant nos seaux de colle et nos pinceaux. Il nous faisait partager ses rêves, nous étions unis, nous étions heureux.
Evidemment, un jour, les lendemains qui chantent se sont réduits à l’achat d’une nouvelle voiture, et Che Guevara a fini imprimé sur un tee-shirt.
Le clan allait-il survivre à l’érosion de son idéal et aux aventures amoureuses que Lulu avait de plus en plus de mal à cacher ? Collègues, voisines, amies ; brunes, blondes, rousses : ses goûts étaient éclectiques. Lulu était très ouvert d’esprit.
Sans nous en rendre compte, nous avions dansé sur un volcan. L’éruption était inévitable.





Lisez un extrait



L'auteur :
Marc Lavoine est né le 6 août 1962 à Longju­meau. Son père est employé aux PTT et sa mère est secrétaire, tous deux militants syndicaux. Il a un frère, Francis, de cinq ans son aîné.
Il fait ses premiers pas d'acteur à la télévision, en 1981, dans la série Pause-café au côté de Véro­nique Jean­not. Féru de musique, il rencontre, par l'entre­mise de Patri­cia Coqua­trix, la produc­trice Florence Aboul­ker qui le présente à son fils, Fabrice Aboul­ker, alors direc­teur artis­tique chez Barclay. Leur colla­bo­ra­tion marque le début de la carrière de chan­teur de Marc Lavoine, en 1984. Chan­teur proli­fique, l'artiste enchaîne les albums et les succès : il en est à son 11ème album.
Parallèlement, l'artiste mène une carrière d'acteur depuis le milieu des années 90. C'est Claude Chabrol qui lui offre sa première apparition au cinéma, dans L'enfer (1994).
L'homme qui ment est son 1er roman et il s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires (il vient tout juste de sortir en poche, donc le compteur continue à grimper). Il avait, en 2011 co-écrit Toi et moi, on s'appelle par nos prénoms avec Driss El Kesri.
Marc Lavoine met sa noto­riété au service de diffé­rentes actions huma­ni­taires. Il est un fidèle "enfoirés", a été le parrain du Téléthon, en 2015 et depuis 1990, il participe à la création du journal Le Papo­tin, écrit pour et avec des enfants autistes.
En avril 2007, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur et promu officier de l'ordre des Arts et des Lettres.

Ma critique :

J'aime beaucoup Marc Lavoine pour le poète et l'homme engagé qu'il est et ce qu'il dégage : cette bienveillance et mélancolie que l'on perce au fond de ces yeux bleus et de ses textes magnifiques.

Ce livre auto-biographie est à son image puisqu'on y retrouve ces traits marquants. On y apprend d'où vient cet engagement pour ses idees de solidarité, de partage, d'entraide, ses convictions en l'être humain. Et surtout pourquoi cette mélancolie, ce sentiment de m'excuser d'être là et de réussir tout ce qu'il entreprend (chanson, poésie, comédie ... et maintenant écrivain).
Comment profiter pleinement de ses succès lorsque la famille éclate et que chacun souffre et n'arrive pas a s'épanouir pleinement ? Peut-être en écrivant ce livre justement, a-t-il eu un effet libératoire ?

Toujours est-il que le petit Marc écrit à son père ce qu'il n'a jamais osé lui dire quant à son alcoolisme, ses infidélités, son addiction sexuelle et surtout pourquoi avoir utiliser ses enfants comme complices malgré eux de la tromperie de leur mère. La beauté de ce témoignage se trouve dans la manière de faire, il n'y a pas d'agressivité, d'insultes, de cris. Non, il y a de la poésie, de la psychologie, de l'humanisme : il ne juge pas, il relate, il tente même d'expliquer, de trouver des circonstances atténuantes. Et même si ce livre est autobiographique, il parle plus des ressentis de sa mère, de son père que des siens réellement, je l'ai ressenti comme une grande lettre d'excuse pour sa mère.

Ayant lu récemment celui de Yann Queffelec avec L'homme de ma vie, je ne peux m'empêcher de faire un ptit parallèle. Même si l'on est pas dans un même contexte (milieu bourgeois culturel parisien / mileu banlieusard communiste), les attentes de ces deux personnes sont les mêmes : respecter et aimer son père malgré ses failles.


Quelques citations relevées :

Je l'observais sans la déranger, je la laissais croire qu'elle était seule. Je la voyais de dos ou de profil, je laissais ces instants défiler comme au ralenti. Le papier peint, le crépi et le Rimmel glissant comme l'encre d'une écolière dans le caniveau de la pluie.
Dis, quand reviendras-tu ?
                                               ---------------------------------------------------
Quand on brise le cœur de quelqu'un, on en brise toujours plusieurs à la fois, c'est ça la vie, un magasin de porcelaine.
 ---------------------------------------------------
Unis contre vents et marées, nous rêvions en collant la nuit nos idées sur les murs. (...) On était bons, j'ai longtemps cru que ca marcherait, que la famille réussirait à se recoller elle aussi
  ---------------------------------------------------
Je comprenais que, malgré les chagrins, les erreurs, les échecs et la défaite, j’avais, grâce à mes parents, le goût du bonheur, du combat et des victoires.
                               
Fiche technique :

Editeur: Fayard          Date d'édition : Janvier 2015                 192 pages




Pour aller plus loin :

Marc était l'invité de Laurent ruquier pour son livre


Bientôt l'adaptation cinématographique ...

mardi 31 mai 2016

Les bonnes Moeurs, Timothée Gaget

Note : *****


Présentation de l'éditeur, Intervalles:

Tristan est un banquier d’affaires parisien habitué à jongler avec les tableurs Excel et à enchaîner les nuits blanches. Lorsqu’on l’envoie à Romorantin sauver une imprimerie de la faillite, il emménage au château du Valbrun, chez son grand-père avec qui il avait perdu tout contact.

Dans l’isolement solognot, une relation complexe se noue peu à peu entre le vieil aristocrate cyclothymique et le jeune financier désabusé. Mais les élections législatives approchent et un ambitieux conseiller municipal veut faire de la construction d’un collège de réinsertion la clef de voûte de sa campagne. Son préalable, l’expropriation des bois du Valbrun, divise bientôt le petit village du Loir-et-Cher en deux camps.

Tristan, accompagné d’un extravagant voisin anglais, est entraîné malgré lui dans cette guerre de tranchées entre la droite rurale et la gauche technocratique. Car derrière les arguments écologiques et politiques, deux conceptions de l’Homme et de l’animal s’affrontent.

Dans la solitude de la forêt, loin de la vie débridée qu’il mène à Paris, Tristan s’enfonce dans l’univers traditionnel et contemplatif de la chasse, où les préoccupations charnelles ne sont pas les moins pressantes et où une espèce protégée de coléoptère peut mettre à mal les plans les plus infaillibles.

Les Bonnes Mœurs est un roman initiatique, mordant et sensible, au rythme endiablé d’une harde fuyant la meute.

Aussi à l’aise dans la caricature du monde de la finance que dans l’évocation de la chute des derniers hobereaux catholiques, aussi vivant dans la peinture d’une orgie parisienne que dans celle d’une partie de chasse, Timothée Gaget s’amuse à entrechoquer des décors au sein desquels les aventures amoureuses et familiales s’entremêlent aux questions sociétales. Il secoue aussi vertement la vieille dichotomie nature/culture. Dans cet hymne à la forêt, il partage surtout une vision sensible et poétique du monde.

L'auteur :

Timothée Gaget est né à Tours en 1985.

Après des études de Droit à Paris et aux Pays-Bas, il travaille brièvement en Suède puis devient avocat.
Il exerce en droit pénal des affaires avant de quitter le Barreau de Paris en 2014 pour rejoindre une agence de communication, où il se spécialise en gestion de crise et en communication judiciaire.

Il est passionné de chasse et de politique.

Les Bonnes Mœurs est son premier roman.

Ma critique :

Notre narrateur évolue entre deux microcosmes, celui de la bourgeoisie parisienne et des chasseurs catholiques du centre de la France. Quelque soit le milieu, il dépeint, il croque avec sarcasme, avec une ironie acerbe les us, les coutumes, les préjugés, les intérêts égoïstes, égocentriques de ces petits bourgeois friqués,addicts de sexe, drogue, alcool, de sensations fortes ou des huguenots ancrés dans leurs traditions conservatrices, catholiques.

Le narrateur quant à lui s'épuise, se complaît dans ses milieux même s'il les critique, il va au bout de l’épuisement psychologique et physique dans son travail, dans ses soirées. De même, au milieu des intégristes chasseurs, il ne reste que spectateur en bouillant intérieurement des inepties de chacun. Mais, quelle tristesse dans ce personnage ! Il prend, il consomme mais il est vide à l'intérieur, à très peu de moments il est heureux, il prend plaisir à l'inverse de son grand -père qui lui profite de sa vie, de sa maison, ses champs, sa chasse sans notion pécuniaire.

J'ai beaucoup apprécié l'écriture de ce jeune auteur, les mots sont choisis avec justesse, un vocabulaire très varié, intelligent puisqu'il sait être cru lors des mondanités parisiennes et leurs excès et plus soigné, scientifique lors des parties de chasse ou des conflits politiques. Certes il y a des scènes de sexe très suggestives mais elles sont évoquées comme consommées cad rapidement, ardument, dans l'excès et non le plaisir. Cette écriture m'a fait penser à Beigbeder ou encore Despentes : direct et efficace.

Beau premier roman! Magnifique couverture !

Ce livre a été reçu dans le cadre d'une masse critique de Babélio. Merci à toute l'équipe, aux éditions Intervalles et à M.Gaget pour cette découverte !


Quelques citations relevées :

Peu importe qu'elle soit à la campagne, à la montagne ou en bord de mer, une maison de famille n'a de sens que si la famille s'y retrouve. Sa situation géographique n'est qu'accessoire, c'est l'émotion des souvenirs qui s'en dégagent qui fait sa beauté. Les générations y passent mais les pierres des murs et des tombes demeurent.
                                               ---------------------------------------------------
L'ironie noire dévore les mélancoliques, l'ironie joyeuse nourrit les humanistes. Choisis la guerre ou la farce, mais pas le cynisme. Si tu te complais dans le cynisme, il te dévorera.
 ---------------------------------------------------

                             
Fiche technique :

Editeur: Intervalles                      Date d'édition : Mars 2016                   400 pages



mardi 5 janvier 2016

Le cœur à la craie, Daniel Picouly

Note : *****

Récompenses :
Prix des Romancières, 2005

Présentation de l'éditeur, Grasset :


Ce merveilleux Coeur à la craie est dédié à Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre et... « saint-patron des coups de foudre ». Tout est dit. Daniel Picouly, renouant avec sa veine tendre, cocasse et émouvante de ses romans d'initiation, nous offre les aventures fantasques d'un enfant de neuf ans et de son copain Bonbec.
Un temps des secrets, années 60... Le narrateur et Bonbec n'ont qu'une obsession : les « poules ». Leur visage. Leurs cheveux. Leur corps. Se trouver une poule, à tout prix. « Je vais bientôt avoir neuf ans et je ne suis toujours pas tombé amoureux. Pas le moindre coup de foudre », confie le narrateur dès la première ligne. Elève à Villemomble, dans la 7ème de l'inoubliable Monsieur Brulé, instit et dompteur, il voudrait bien faire comme son père. Etre un grand amoureux. Offrir des fleurs. Dire des poèmes. Ecrire des romans. Ou à défaut, surveiller Bonbec embrassant sa « poule », dans le halo de vapeurs d'une locomotive. Ou se faire une collection de Penthouse...
Daniel Picouly est ici à son meilleur. On l'accompagne au fil de coups de foudre tour à tour drôles, pathétiques ou émouvants. Ses personnages sont inoubliables : la jeune fille malade, qu'il voudrait emmener dans l'espace, comme Gagarine ; la jeune acheteuse de Proust, qu'il aimerait aborder, entre livre, maquette et petites voitures, mais qui est une grande, et une riche ; « l'ange de Noël » qui secourt notre héros en perdition, à Orly-Sud ; Saïda, fière, désirable, généreuse, la première femme d'un été lointain... Bientôt Daniel aura treize ans : il déménagera pour la cité Million, avec ses innombrables frères et soeurs, avec ses parents, Paulette et Roger. Vers d'autres aventures. Et on le suit, comme un enfant, dévorant sa vie, une torche à la main, dans un arbre perché...

L'auteur :
Né en 1948 à Villemomble d'un père martiniquais et d'une mère originaire du Morvan, il est le onzième d'une famille de treize enfants. Il fait des études de comptabilité, de gestion et de droit notamment à l'Université de Paris Dauphine, puis devient professeur d'économie à Paris.

En 1992, grâce à Daniel Pennac, il publie son premier roman intitulé La Lumière des fous. Puis suivra de nombreux romans : on retiendra Le Champ de personne (grand prix des lectrices Elle), Fort de l'eau, Tête de nègre, L’enfant Léopard (prix renaudot 1999), Paulette et Roger, Le coeur à la craie, ... et le dernier en date: le cri muet de l'iguane. Ainsi que des livres jeunesse : la série Hondo mène l'enquête, la Série Lulu Vroumette,la série Les Chabadas et une nouvelle série ados : Little Piaf.

De mai 2005, il est présentateur de diverses émissions culturelles Café Picouly sur France 5, Café littéraire sur France 2, puis Le Monde vu par... sur France Ô, et en juillet 2012 La minute OFF. En ce moment il présente Page 19 sur la même chaîne depuis 2014.

Il se lance dans le seul en scène à la rentrée 2012 avec La faute d'orthographe est ma langue maternelle, au théâtre Tristan Bernard. Ce récit autobiographique, articulé sur ses souvenirs de cancre, lui permet de revenir sur la genèse paradoxale de sa carrière d'écrivain, tout en évoquant avec affection ses parents et ses deux plus jeunes sœurs.

Ma critique :


On plonge dans les années 50 avec l'auteur et son copain "Bonbec". Au départ, notre petit héros veut battre le record détenu par son papa d'avoir le coup de foudre le plus jeune de France, mais qu'est ce qu'un coup de foudre ? Comment tombe-t-on amoureux? Pourtant il essaie, avec la femme du bout de la rue, sa petite voisine, une infirmière, une hôtesse de l'air et la sournoise petite Emma Karérine ...
N'est-pas plutôt un prétexte pour se faire remarquer par son père qu'il doit partager avec ses 12 autres frères et soeurs, sa mère et son travail ?
On remarque aussi l'amour profond pour sa mère qui apparaît dans chaque chapitre, dans chacune des histoires qu'il vit ou se raconte. Peut-on tomber amoureux lorsqu'on adule encore autant sa maman à 9 ans (et qu'on est secrètement amoureux de Marie-Antoinette)?

Au delà de ses préoccupations enfantines, on voit se construire le futur grand auteur, qu'est Daniel Picouly : son amour pour la langue française, pour l'Histoire, les grands personnages et sa découverte de Proust.

A sa hauteur, ce livre est une petite madeleine aussi, on est baigné dans ces années grâce à un langage Titi parisien très savoureux, des références très documentées. On regrette ce temps où les enfants jouaient aux cowboys et aux indiens, aux 3 mousquetaires, ...

Quelques citations relevées :

Ça doit être ça être grand, avoir le droit de lire à table.
Pendant qu'il lit, j'observe son front. Il se déplisse lentement au fur et à mesure que le p'pa tourne les pages. Un vrai miracle. Je me demande ce qui peut être écrit dans ce livre qui arrive à déplisser le front de mon père. Surtout je voudrais bien connaître celui qui a écrit ce livre. Lui demander son secret.
C'est décidé, plus tard, moi aussi j'écrirai des livres qui déplissent le front.
                                               ---------------------------------------------------
Je vais bientôt avoir neuf ans et je ne suis toujours pas tombé amoureux. Pas le moindre coup de foudre. […] 
Neuf ans déjà et toujours rien.
Il faut que je me rende à l’évidence, je ne suis pas un enfant précoce.
                                           
Fiche technique :

Editeur: Grasset                  Date d'édition : Janvier 2005     378 pages


Pour aller plus loin :

Ci-dessous une interview-biographie lors de la sortie de Roger Et Paulette, chez Ardisson:




mardi 1 décembre 2015

e=mc² mon Amour, Patrick Cauvin


Note : *****


Présentation de l'éditeur, Gallimard :
"Lui un peu voyou, elle un peu bêcheuse, ces deux bambins qui totalisent moins de vingt-trois printemps vont se rencontrer, se flairer, se reconnaître et vivre dans l'incompréhension générale ce qui est légitime d'appeler un grand amour.
J'aime dans ce roman de Patrick Cauvin - outre toutes les qualités de fraîcheur, de légèreté, d'invention qu'il faut pour faire l'enfant sans faire la bête - ce qu'il dit sans avoir l'air d'y toucher et qui va beaucoup plus loin que son joli récit."
François Nourissier

Best-seller des années 80, e=mc2 mon amour, le grand roman de Patrick Cauvin, trouvera de nouveaux lecteurs avec Pythagore, je t'adore qui en est la suite.

L'auteur :


Né en 1932, Patrick Cauvin décède en 2010 après une carrière prolifique. Il écrira plus de 40 romans sous ce pseudonyme mais également sous son vrai nom Claude Klotz, à tendance plus policière, mais également des romans jeunesse, des essais, des scénari, un recueil de nouvelles et une pièce de théâtre.E=mc2 mon Amour a été son premier grand succès qui l'a révélé au public, il sera adapté au cinéma l'année suivante par George Roy Hill.



Ma critique :
Dans le cadre du challenge variétés, une catégorie me paraissait compliquée "lire un livre paru l'année de notre naissance" et en furetant, je m'aperçois que c'est le cas de E=Mc2, mon amour. Et là, je me dis "bingo" (comme notre jeune héros)! J'avais en tête que ce livre m'avait marqué puisqu'en le trouvant je ressentais une bouffée de nostalgie bienfaisante, de retour en enfance (je me revoyais dans ma chambre d'ado, allongée sur mon lit et passant l'après-midi à lire ...ah! c'était le bon temps tout !!).

Et double "bingo" !! Ce livre est touchant de sincérité, d'amitié, d'amour, de partage, de simplicité.

L'histoire est vieille comme Shakespeare, 2 adolescents que tout oppose, à part leur extrême intelligence, tombe amoureux, certes à 11 ans (mais quitte à être en avance, autant l'être dans tous les domaines!) et seront confrontés au dictât de la normalité - mère de tous les vices pour réussir dans la vie.

Mais voilà, ces deux enfants-là ne sont pas comme les autres (malheureusement pour eux, la différence complique l'intégration) : ils ne lisent pas, ni ne regardent des œuvres pour enfants, ils n’idolâtrent pas leurs parents au point de s'en oublier. Non, c'est l'inverse : lui est expert en cinéma et elle en littérature et parle en alexandrins, et ils parlent d'amour, de leur amour réciproque comme même les adultes en sont incapables.
Mais, le monde est géré par des adultes qui prennent les décisions même pour des enfants plus matures, plus intelligents qu'eux, donc l'avenir semble compromis pour nos deux tourtereaux ...

Le livre est écrit à 2 voix alternativement, chaque chapitre est soit raconté par Daniel que l'on distingue par son parlé "titi parisien", très typique mais mal vieilli il faut le dire, soit par Lauren, avec son langage soutenu parsemé d'alexandrins. Ainsi, on se rend compte que les deux personnages avancent ensemble côte à côte dans une même direction, n'est-ce pas le signe d'un amour véritable ?

En plus de l'amour, il y a beaucoup d'humour dans ce livre : on imagine la tête du père quand Lauren lui parle philosophie, de la consternation des copains devant leur jeu "ultra simpliste" d'un mélange d'échecs-belote-poker, ...

Et enfin de l'incompréhension, pourquoi la société n'a-t-elle pas de place pour ces 2 enfants surdoués au point que même leurs parents les regardent comme des extra-terrestes, qu'ils sont prêts à inventer un stratagème pour partir dans des contrées lointaines pour ne plus être vus différemment ?

Patrick Cauvin essaye de briser le silence de la différence, de casser les cases où chacun est mis dès la naissance. Mais où en est-on presque 40 ans plus tard ? Bien sûr,la prise en charge d'enfants surdoués, ou déficients a considérablement évoluée mais n'est pas efficiente pour autant ...allez encore des efforts !!

Quelques citations relevées :

"Je te comprends, a-t-elle répondu rêveusement; personnellement, le dieu de Heidegger me paraît plus proche de ma conception que celui de Descartes, abstraction quasi pure."
Nous avons continué un moment à échanger des propos de notre âge ..."
                                               ---------------------------------------------------
"Ça s'ouvre et ... Bingo, pour le coup, il n'y a plus de banlieue. Il n'y a plus de Paris non plus, plus de France, ni d'univers, juste une fille plantée, unique sur la planète, devant moi et pour moi seul; oui, voilà ce que c'est, Lauren, en cette seconde, et je la verrais toujours maintenant comme ça, avec son sourire."


Fiche technique :

Editeur: JC Lattès / Le livre de poche                  Date d'édition : Janvier 1977      221 pages


Pour aller plus loin :


Pas de vidéos où il parle de son livre, mais je vous propose la bande annonce de l'adaptation cinématographique, I love you, Je t'aime (a little romance, dans la version originale)